Zong - Fractures

Publié le par Bord 'O' Scène

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La Réunion a enfanté une exception musicale aux influences composites : électro live, dub profond, rage punk et maloya futuriste. Cette invention s'appelle Zong, trio de têtes chercheuses qui n'en finit pas polir un son unique. Toujours aussi rageur et énergique, la famille Zong vient de s’enrichir d’un rejeton turbulent. Fractures, leur nouvel opus créé au coeur d'une île en perpétuel mouvement en explore tous les possibles.

Dès sa naissance, à la fin du siècle dernier, Zong a tout de l’alien sonore dans le paysage musical réunionnais. Alors que l’électro est quasi inexistante sur l’île, quatre énervés se piquent de créer un groupe sous influence pop et drum & bass. Après un premier effort discographique (Chromozong en 2001) et une reconnaissance vite acquise auprès des professionnels et du public de l’île, le groupe resserre sa musique et met la barre plus haut.  La formule définitive et aboutie prendra la forme d’un trio. 
Zong, c’est tout d’abord Sandrine Ebrard aka Drean, chanteuse du genre « créature ». Sculpturale et teigneuse, Drean s’impose immédiatement sur scène. Elle fait corps avec son kayamb, percussion traditionnelle réunionnaise furieusement rock&roll. C’est ensuite la voix de cette « créole blanche » issue d’une famille de musiciens reconnus qui emporte tout. Ou  plutôt les voix. Qu’elle berce les esprits, qu’elle les fouette, qu’elle crie sa rage ou qu’elle lutine la bienséance, la chanteuse de Zong n’est pas du genre « bien élevée ». En français,  en anglais ou en créole - les langues naturelles de son quotidien réunionnais – elle est  adepte des explicit lyrics. Son statut de jeune maman d’un petit « baba » de 2 ans aurait-il calmé sa fougue ? Pas sûr… Mais l’écoute des textes de Fractures révèle une sensibilité et une acuité nouvelle qui lui vont bien.

Le son de Zong, c’est ensuite l’affaire de Yann Costa, l’homme-machine qui pourrait très bien s’en passer, des machines. Pianiste de formation (il débute à 4 ans et ne s’arrêtera plus), il délaisse vite les partitions pour plonger tête baissée dans le chaudron électro que  font bouillir les nineties. Underworld, Roni Size, Squarepusher… Sa fascination pour le bidouillage électronique et sa passion pour les instruments et effets « vintage » en font  rapidement un cas à part. En particulier à La Réunion où il s’installe à l’âge de 18 ans. Pour Zong, Costa tente de repousser les limites, celles des machines et les siennes. L’enfant sage au piano se radicalise et devient producteur d’une électro organique et barrée, qui ne se refuse jamais une montée d’adrénaline ou un dérapage contrôlé. Entouré d’un piano Fender, d’une TB 303, d’improbables pédales d’effets et d’un mélodica (entre autres), Costa est le concepteur musical de Zong. Dub embrumé ou envollées punky… En live, rien n’échappe à son contrôle. Pour être complet, il faut faire mention du Yann Costa « réalisateur ». En effet, le jeune homme s’est vu récemment confier la réalisation de deux albums particulièrement remarqués sur le plan international : « Sankèr » de la réunionnaise  Nathalie Natiembé, qui propulse le maloya sur la voie d’un renouveau excitant et « Ay Ay Lolo » de Menwar, bluesman roots Mauricien qui élève le séga traditionnel à des hauteurs rarement atteintes.

Malgré son caractère calme et posé, le troisième homme est surnommé nomme Fever (Cyril Faivre pour l’état civil). C’est qu’une fois passé derrière ses fûts, l’homme se métamorphose  en batteur fou, mettant toujours sa virtuosité au service de la musique. Compagnon de toujours et alter ego rythmique de Yann Costa, Fever est pour beaucoup dans l’originalité  du son Zong. Fasciné par l’énergie du punk, par les syncopes impossibles de la drum & bass  et par la précision des grands batteurs du jazz-rock (1ère période), Fever est le gardien du  groove oblique made in Zong. Il est aussi l’homme qui, après un passage aux Beaux Arts de Besançon – sa ville natale -, réalise les visuels du groupe. Pour lui, la création primera toujours. Toute facilité est bannie.

En 2004, Zong enregistre son deuxième album en Afrique du Sud sous la houlette de Jérôme Galabert, alors directeur du Séchoir et créateur d’un festival Sakifo qui démarre très fort. Le groupe découvre les joies du travail dans un grand studio (le mythique RP Studio de Johannesburg) et produit l’album Paradis Thématik sur lequel on croise l’accordéon du malgache Régis Gizavo. La reconnaissance commence à se faire nationale. Les lives incandescants du groupe sont alors demandés en Métropole, au Canada, en Espagne et particulièrement remarqués lors des plateaux communs réalisés avec les amis de Zenzile en 2006. Cerise sur le gâteau, Zong est sélectionné par le FAIR en 2007 et figure sur la compilation aux côtés de révélations comme David Walters ou Adrienne Pauly.

Tout semble aller pour le mieux pour le groupe qui doit alors se poser sur disque en 2007 histoire de cristalliser ces belles promesses. Enregistrement de grand luxe ? Avec un art consumé du contre-pied, Zong décide « d’aller marron » et de se plonger dans une étape  introspective et autonome d’enregistrement. Liberté de penser la musique à sa façon, liberté de produire soi-même un opus attendu, liberté de ne rien devoir à personne, sinon aux fidèles qui les suivent et soutiennent depuis des années. C’est à Saint-Leu, dans le cadre naturel et sauvage de la Ravine, entre deux « remparts » d’une centaine de mètre de roches et de végétation tropicale que le groupe va s’isoler. Au coeur de l’été austral (janvier à mars 2007), Zong travaille d’arrache pied à mettre en boîte son « fonnkèr » (soit littéralement son « fond de coeur », sa poésie intime en créole réunionnais).

Après quelques mises à plat, le groupe perçoit la nature du changement. Le son des nouvelles compositions sera rock&roll et tendu. Les textes de Drean mettent à jour ses failles, ses angoisses, sa rage (Come & Die, I’m Lost). Un texte – le bien nommé Murder – offert par le rapper sud-africain Waddy Jones, en rajoute une couche dans la noirceur. Les racines et les mots créoles affluent. Ils seront particulièrement présents sur l’album. La musique se met au diapason, en construisant des ponts osés entre no wave, post punk, electro et dub. Le maloya s’invite naturellement au travers des percussions fines (bob, sanza, zarb) de Samy Pageaux-Waro, fils de l’illustre Danyèl. La douceur fait une entrée inattendue au travers d’une berceuse créole et d’une ballade en apesenteur (Koz et Lazy Saturday )… Il est vrai que le ti baba dort tout près du studio de la Ravine…

Et puis c’est la fracture, bien réelle, du coude de Drean. Une fracture qui change la donne. Tournée de mai annulée (difficile de jouer du kayamb avec une seule main !) et moral en berne. Qu’à cela ne tienne, de nouveaux titres sont mis en boite par Arno, l’ingé-son fidèle. En mai 2007, Costa part à Paris réaliser le mix final accompagné de Galbek, réalisateur responsable entre autres d’albums de Tony Gatlif. Mastering à Londres, au studio The Exchange, exigence oblige. Et voilà. Le parcours de Zong s’enrichi d’un nouvel élément. Né dans l’urgence et la liberté artistique la plus totale, il s’appellera Fractures. Il est le reflet exact du propos d’un groupe qui refusera toujours les compromis et les cases dans lesquelles on voudrait bien l’enfermer. Un trio dont la musique est à l’image de la Réunion d’aujourd’hui : violente et belle.

Drean : voix, kayamb, mix / Costa : Fender, claviers,

mélodica, machines, effets, mix / Fever : drums, mix

/ Nwar : sound design

www.zong.mu

www.myspace.com/zongparadisthematik

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Publié dans Les galettes à avoir

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