Revue de presse de "Sud-Ouest"
Il n'y a pas que le nouveau jeu "Kelbol" dans Sud-Ouest ! Il y a aussi quelques articles intéressants. Les voici, ils sont tirés de l'édition de ce vendredi 11 mai.
EUROVISION. --Représentation non conformiste de la France au concours de l'Eurovision diffusé samedi sur France 3. Les inclassables Fatals Picards interpréteront une chanson en joyeux franglais
C'est bien la dernière estrade sur laquelle on les attendait : celle de l'Eurovision. Mais les Fatals Picards, modernes Frères Jacques passés par la case Groland, ont cette faculté d'adaptation qui permet à certaines espèces de survivre en milieu hostile, voire de le conquérir.
En l'occurrence, il s'agit de celui du show-biz au sein duquel ils sont en voie d'adoubement, comme le prouve la sortie de leur dernier disque dans une grande maison. Voilà donc ces pros de la dynamite nominale officiellement harnachés (par Jean-Paul Gaultier) en ambassadeurs de la chanson française. Et ce par la grâce d'une bluette « romantique et rebelle » qui leur a permis de terrasser les terribles Wampas leurs idoles ! avec qui ils étaient en concurrence lors de la présélection nationale du concours en mars dernier sur France 3.
Conservatoire nanar. « Nous avons fait une chanson pour l'Eurovision », revendiquent sans complexes Yvan et Paul, les deux chanteurs du groupe : « I remember, jolie demoiselle, the last summer, nous, la Tour Eiffel, etc. » Ecrite en joyeux franglais, « pour une question d'universalité », la ritournelle « L'Amour à la française », représentera donc la France au concours européen de la chanson. Le même qui fut pendant un demi-siècle un conservatoire nanar avant d'être karchérisé en 2006 par les fous furieux Finlandais du groupe de hard rock Lordi. Les « chanteurs gnangnan choisis par Pascal Sevran » (dixit Didier Wampas) n'avaient donc plus leur place sur la scène d'Helsinki où se déroulera demain la finale, dès lors que la chanson française souhaite oublier ses échecs répétés avec une constance machinale depuis (quand même) 31 ans.
Quitte à faire dresser les cheveux sur le crâne du plus chauve des Académiciens, ces explorateurs du vocabulaire, généralement peu avares de trouvailles linguistiques, ont donc choisi d'écrire un texte au parler minimal. Mais ces entorses au beau langage sont un choix revendiqué pour espérer séduire, ce qui n'est pas acquis, un jury de vingt-quatre nationalités.
« Je vote à droite ». Autant l'avouer : « L'Amour à la française », chanson fédératrice transgénérationnelle, est éloignée du registre des Fatals Picards, dont les fans sont habitués à des griseries autrement plus délirantes. Car ces amateurs éclairés de la « tendresse vache », font profession et commerce de ne respecter personne en dehors de Didier Wampas. Leur dernier album, « Pamplemousse mécanique » (sic), est ainsi un ball-trap dans lequel les icônes tiennent la place peu enviable des pigeons d'argile sur lesquels les Fatals exercent leurs mitrailleuses verbales. Ce qui explique qu'au fil des plages l'universalité de Bernard Lavilliers est ridiculisée, les bons sentiments de Zebda hachés menu, le trip d'Indochine tourné en dérision; qu'avec la verve d'un Renaud ressuscité, ils accompagnent la déprime des profs, raillent la beaufferie en 4 4, moquent les souvenirs attendris d'un gamin grandi en banlieue rouge, regrettent l'argent du ménage cramé dans les pièges à gratter de la Française des jeux. Tout cela pour en arriver à une évidence choisie depuis dimanche dernier par une majorité de Français : « Et puis merde, je vote à droite. »
Décalés revendiqués. Pourvus de ce capital d'irrévérence, ces « décalés revendiqués » goûtent la succulence de participer à un concours qui fut longtemps un Panthéon du kitsch. « Si nous ne changeons pas, si nous ne nous travestissons pas, nous n'avons pas de problèmes à nous exposer médiatiquement », disent-ils.
Inclassables Picards. Ils enflamment les salles mais, à la fin du spectacle, retrouvent le goût des réalités dans le chargement du matos dans leur camion. Ils ne crachent pas sur la gloire, mais prient pour garder leur « jauge actuelle de remplissage » soit 600, 700 places par concert. Potaches inguérissables, ces admirateurs des Robins des Bois charrient volontiers Cauet et sa méthode mais acceptent de participer à son émission. Sans doute, parce que l'animateur de TF1 est né dans l'Aisne entre Picards, natifs ou Fatals, on se comprend.
Concours Eurovision en direct depuis Helsinki, demain, à 21 heures, sur France 3. Animé par Julien Lepers et Tex. Album « Pamplemousse mécanique » chez Warner.
ROCK. --Le dictionnaire d'un ancien guitariste narre avec originalité l'histoire des Wampas. Le groupe sera ce soir sur la scène du Krakatoa de Mérignac
Les surnoms scabreux qui révèlent une personnalité, donnés à certains proches du groupe, c'est là qu'on les découvrira. Le « Dictionnaire bordélique des Wampas » (1) raconte les faits et gestes hauts en péripéties de l'entourage et de ces musiciens, réunis depuis les 80's autour du chanteur (qui adore jeter des pétards dans son sillage). Et c'est un guitariste des débuts qui s'en charge, Philippe « Wampas » Martinot. Y sont évoqués aussi bien la foi de leur meneur Didier, que « la caillasse des Wampas, pour bouffer des glaces à Las Vegas »; entre autres faits : les paroles arrivent tardivement parce qu'il faut bien en écrire, les périodes psychobilly, Marc Police, l'alternatif, les différents labels, etc.
Flammes. Les fans des Wampas savent le reste. Le nom qui provient de la BD Rahan. Cloclo qui marqua l'interprète gamin, sa flamme Trenet comme Ramones, un goût prononcé pour le slow, son dégoût pour l'accordéon (et plus encore, pour Genesis), sa désapprobation du statut d'intermittent... Mais le bouquin fourmille d'inédit, inspirations d'origines géographiques, anecdotes vécues comme le string perdu par Didier sans perdre son pantalon, ou les Bérus logés au Hilton de Montréal à 500 la nuit. L'on révise comment « Chirac en prison » a pu être enregistré sur le dernier album, mais fut ensuite pas mal étouffé côté diffusions. On y apprend que l'ex-contrebassiste (Alain « grognon » Wampas) joue aujourd'hui de la batterie avec Los Foiros bordelais. Tandis qu'en ouverture de ce concert, Los Purinos ne comptent que des figures du cru; elles ont le son, et le goût de la reprise reboostée.
(1) 215 pages (avec cahier photos, disco et interview). 14,90 euros. Chez Hors-Collection. Les Wampas en concert (+ Los Purinos, en première partie), ce soir à 20 h 30, au Krakatoa de Mérignac. 15 euros. 05.56.24.34.29. et www.krakatoa.org