Zéro clope dans les salles de concert
Voici ci-dessous le copier-coller d'un article paru dans le journal Sud-Ouest, édition du 29 Janvier. Il est rédigé par Julien Rousset et traite un sujet épineux...

La clope bannie avant l'heure
La clope sera bannie à partir du 1er février de tous les lieux « à usage collectif » selon le décret, qui, à la catégorie « lieux de convivialité », établit un distinguo entre les « lieux culturels », soumis dès jeudi à la loi, et les « cafés, hôtels-restaurants, discothèques » bénéficiaires, eux, d'un an de sursis.
Les salles de concert sur la CUB sont pour la plupart équipées d'un bar, souvent très enfumé à l'heure de l'après-spectacle. Mi-bars, mi-salles, certaines d'entre elles ont trouvé dans l'ambiguïté du texte un peu de répit. « Nous ne sommes pas concernés cette année par le décret : nous sommes un bar ! », explique ainsi Joseph Ganter, patron du Satin Doll, club de jazz des Chartrons.
Terrasses à la rescousse. Emilie Clément, chargée de mission « tabac » pour Barbey, précise : « En fait, la salle de concert stricto sensu est sujette à la loi, la partie bar pas encore, théoriquement. Mais nous avons choisi de convertir l'intégralité du site au régime sans tabac. »
Contre toute attente, le temple du rock et des musiques amplifiées s'illustre même par son zèle dans l'interdiction de la clope. Les locaux de « répèt » sont non-fumeurs depuis quatre ans. En octobre, la cigarette était boutée hors du bar. Et les concerts sans fumée ont été lancés dès le 1er décembre, à grand renfort de tee-shirts, de stands de prévention, de recommandations sympas mais fermes. « Le seul souci parfois ce sont les artistes, pas toujours OK pour éteindre leur clope, sinon ça se passe très bien », explique Emilie.
Voilà sans doute la surprise du décret : il devrait, selon les patrons de salles, s'imposer sans encombre. Tous constatent depuis quelques années un changement profond dans le rapport à la cigarette, jadis indispensable les soirs de concerts. « Il y a quelques années, la Médoquine était très enfumée; aujourd'hui, la salle est non-fumeurs, sans problèmes pour les petites configurations de 700 personnes, avec un peu plus de surveillance pour les jauges de 3 000 personnes. Il arrive qu'un filet de fumée apparaisse et il n'est pas forcément aisé d'aller identifier les fumeurs... mais il est surtout beaucoup plus fréquent que les gens se félicitent de l'absence de fumée », assure la directrice Pascale Aujay. Des salles de spectacle comme le Pont-Tournant, où la majorité des spectateurs ont pris l'habitude, depuis deux-trois ans, de sortir pour fumer, ou le Pin Galant, entièrement non-fumeur depuis longtemps, ont eux aussi devancé la loi, tout comme la Patinoire, où la fumée a toujours été interdite, sauf sur la terrasse du premier étage. « La centaine de personnes qui travaillent au placement veillent au respect de l'interdiction », précise-t-on à Mériadeck.
Reggae réticent. Même le Krakatoa, un autre enfant du rock, a pris les devants. Il a beau tenir son nom d'un volcan, le « Kraka » ne fume plus depuis plusieurs mois. Des affichettes « interdiction de fumer » habillent les murs de la salle de fêtes de Mérignac-Arlac; l'interdiction vaut depuis le trimestre dernier, au bar comme dans la salle.
Proscrite, la clope se grille désormais uniquement en extérieur, sur le trottoir de l'avenue Victor-Hugo, dans un petit périmètre délimité par des barrières. A Barbey aussi, la terrasse a désormais des allures de cour de récré surpeuplée. C'est l'effet colatéral de la loi : pendant les concerts, une sorte de soirée parallèle se crée dans les zones fumeurs qui deviennent, à l'occasion, de sympathiques espaces de rencontres.
Bref, la variété s'est ralliée à la chasse aux cigarettes, le rock s'y met depuis quelques mois déjà, seule une famille musicale risque de faire de la résistance : le reggae, dont beaucoup d'amateurs fument avec le sourire. D'ailleurs, au CAT, salle de Bacalan spécialisée dans les musiques du monde, avec une grosse dominante reggae et hip-hop, on n'est même pas au courant de l'existence du décret. Il faut dire que la devise du CAT, c'est zéro prise de tête. « On prendra son temps », confie, tranquille, Jazz, le patron.